Rio Bravo

Howard Hawks

États-Unis, 1959


John T. Chance (John Wayne), shérif d'une petite ville du Texas, arrête pour meurtre Joe Burdette. Son frère Nathan, puissant propriétaire terrien, va tout faire pour sortir son frère de prison. Pour lutter contre Nathan Burdette, le shérif est aidé par Dude (Dean Martin), un alcoolique et Stumpy (Walter Brennan), un vieil infirme...

C’est après avoir vu Le Train sifflera trois fois (High Noon, Fred Zinnemann, 1952), qu’il n’aimait pas, et après en avoir discuté avec des amis, qu’Howard Hawks a l’idée de Rio Bravo. Il construit le film en opposition à celui de Fred Zinnemann. Par exemple, dans Le Train sifflera trois fois, le shérif Will Kane (Gary Cooper) demande tout le temps de l’aide, le shérif John T. Chance n’en demande jamais, voire la refuse quand on lui en propose ; Kane refuse l’aide d’un vieux, d’un ivrogne et d’un gamin, c’est précisément de ces personnes que s’entoure John T. Chance. On disait de Hawks qu’il plantait toujours la caméra à hauteur d’homme. C’est souvent vrai, et on le ressent particulièrement dans Rio Bravo : non seulement il filme ce qui constitue le quotidien d’une petite ville du Far-West, l’amitié, l’amour, l’alcoolisme, la vieillesse, les saloons, mais en plus il quitte les grandes chevauchées et les espaces infinis. On a reproché parfois à Rio Bravo son rythme nonchalant (le film dure 2h20). Todd Mc Carthy y voit une volonté du réalisateur : « La longueur inhabituelle des scènes est le résultat direct du désir de Hawks de développer au maximum ses personnages et leurs rapports, écrit-il. Quand il récrivait sur le plateau, il cherchait à renforcer l’impression d’interaction au sein du groupe, à donner plus de complexité aux échanges. Pour la plupart des gens, la richesse qui en résulte compense de loin la lenteur du tempo. Par exemple, Hawks utilisait souvent l’échange d’objets divers, notamment des cigarettes, pour exprimer les sentiments entre ses personnages. En roulant continuellement les cigarettes de Dude, Chance suggère silencieusement sa volonté d’aider son ami. » 

Quelques mots au sujet de Dean Martin, auquel le festival rend hommage. Pour jouer Dude, Hawks voulait Montgomery Clift, qui avait déjà tourné avec Wayne dans La Rivière rouge (Red River, 1948). Clift vient de jouer – avec Dean Martin et Marlon Brando – dans Le Bal des maudits (The Young Lions, Edward Dmytryk, 1958). Il est malade (alcoolique, à dire vrai) et refuse le rôle, ou peut-être ne veut-il pas de nouveau tourner avec Wayne qui le traitait de « queer ». Hawks établit alors des listes : Sinatra, Cagney, ou encore Mitchum, Douglas, Fonda, Lancaster… Un jour, un agent lui propose Dean Martin. Hawks accepte à condition que l’acteur soit là le lendemain à neuf heures. Hawks raconte : « Dean Martin arrive à dix heures trente. “On peut savoir pourquoi vous n’étiez pas là à neuf heures ?” “Je travaillais à Las Vegas, j’ai dû louer un avion pour venir.” » (Dino, la belle vie dans la sale industrie du rêve, Nick Tosches, 1992) Hawks est impressionné. C’est Martin lui-même, envoyé par Hawks au département des costumes, qui choisit ses habits ; le réalisateur les trouve parfait. Un jour, le producteur Jack Warner demande en voyant le film : « On a engagé Dean Martin, quand est-ce qu’on va le voir ? » Hawks répond : « C’est le drôle de type, avec le vieux chapeau. » Le célèbre crooner est méconnaissable : remplacé par « un clochard alcoolique, écrit le reporter du Daily News, il inspire un respect sans précédent en incarnant à la perfection un personnage difficile. » Hawks dira qu’il aurait fait n’importe quoi pour Dean Martin ; sa partenaire, Angie Dickinson, le trouvait « merveilleux, divin tout simplement » et avoua qu’elle « aurait succombé si elle n’avait pas été amoureuse d’un autre homme. » Selon Martin lui-même, ce fut son plus grand rôle. 

 

Hommage

John Carpenter, fanatique hawksien répertorié, rendra hommage au film en prenant

le pseudonyme de John T. Chance pour signer le montage d’Assault on Precinct 13 (1976),

un remake inavoué de Rio Bravo, qui retrace la résistance des assiégés d’un commissariat

de quartier face à une horde d’assaillants.

 

L’idole adolescente

Ricky Nelson a commencé de se produire sur scène au sein d’une famille de musiciens

et de chanteurs. Il vole de ses propres ailes dès 1957 grâce à une reprise de Fats Domino :

I’m Walkin, en « concurrent » d’Elvis Presley qui choque l’Amérique puritaine. Hawks confiera

plus tard que la Warner voulait surtout avoir Nelson dans son film pour attirer un public féminin

généralement peu intéressé par les westerns. La carrière honorable de Ricky Nelson

dans la musique s’achèvera par sa mort dans un accident d’avion, en 1985.

 

Famille

Le générique indique que le scénario de Jules Furthman et Leigh Brackett est tiré d’une nouvelle

de B.H. McCampbell, une inconnue. C’est en fait la fille du réalisateur, qui avait notamment eu l’idée

que les hommes de loi pouvaient se servir de dynamite pour déloger des bandits.

 

L’erreur

Pour l’explosion finale, le directeur artistique avait mis des feuilles de papier rouges,

jaune et vert, dans l’idée que le bâtiment était rempli par toutes sortes de choses de différentes

couleurs. Mais Hawks trouvait que l’explosion donnait l’effet d’un feu d’artifice chinois.

Ils durent donc reconstruire le bâtiment pour filmer une nouvelle prise de l’explosion.





Rio Bravo
États-Unis, 1959, 2 h 21, couleur, format 1.37

Réalisation
: Howard Hawks
Scénario : Jules Furthman, Leigh Brackett
d’après la nouvelle de B.H. McCampbell
Photo : Russell Harlan
Musique : Dimitri Tiomkin
Montage : Folmar Blangsted
Décors : Ralph S. Hurst
Costumes : Marjorie Best


Production
: Howard Hawks (Armada Productions) pour Warner Bros. Pictures

Interprètes
: John Wayne (Shérif John T. Chance), Dean Martin (Dude), Ricky Nelson (Colorado Ryan), Angie Dickinson (Feathers), Walter Brennan (Stumpy), Ward Bond (Pat Weeler), John Russell (Nathan Burdette), Pedro Gonzalez Gonzalez (Carlos Robante), Estelita Rodriguez (Consuela Robante), Claude Akins (Joe Burdette)

Sortie aux États-Unis : 4 avril 1959
Sortie en France : 21 octobre 1959

Copie Restaurée : Park Circus

Séances



Mardi 16 octobre à 14h00, Institut Lumière
Jeudi 18 octobre à 21h10, Pathé Cordeliers
Vendredi 19 octobre à 20h30, UGC Ciné Cité Confluence
Dimanche 21 octobre à 19h15, Cinéma Comœdia
Samedi 20 février à 21h15, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8
Dimanche 21 février à 18h45, ITUT LUMIERE / HANGAR / LYON 8



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