Les Inconnus de la terre

Mario Ruspoli

France, 1961



Ces Inconnus de la terre, ce sont les paysans de la Lozère, une région particulièrement déshéritée qu’on a pu appeler « le désert français ». Ruspoli et ses collaborateurs ont interrogé et filmé dans leurs activités quotidiennes un vieux berger, un défricheur, un instituteur rural itinérant, trois frères dirigeant en commun une exploitation agricole. Tous soulignent que cette région souspeuplée et sous-développée est en train de mourir et qu’elle a besoin d’une aide massive et urgente de la part de l’État : en attendant cette aide, la seule solution pour survivre, c’est de s’unir… 


« Il n’est pas facile, analyse Roland Barthes, de parler des paysans pauvres : ils sont trop misérables pour être romantiques, et comme ce sont tout de même des propriétaires, ils n’ont pas le prestige du prolétariat ; c’est une classe mythiquement déshéritée. Sur ce sujet à la fois brûlant et ingrat, Mario Ruspoli, aidé de Michel Brault et Jean Ravel, a su faire un film juste, qui, tout à la fois, éclaire et séduit. » Né en 1925 d’un père prince de Rome et d’une mère comtesse, Ruspoli partage son enfance entre l’Italie et la Lozère, région sauvage et dépeuplée. « Il a choisi la Lozère, explique l’écrivain et critique Raymond Bellour, pour parler des paysans, ces inconnus de la terre qui habitent le département le plus déshérité de France. Il a enquêté et, si au passage, il a pris de très belles images de rues et d’herbes, de plateau ras tendu à l’infini comme une peau malade, d’arbre tordu contre le ciel, il a, avant toute chose, interrogé, questionné les hommes et les femmes d’une terre où l’isolement devient l’élément premier du paysage mental. » « Quand j’ai mis sur pied cette histoire, dont le premier titre était Toi, l’Auvergnat, témoigne le cinéaste, je voulais simplement faire un film sur les paysans. Puis je me suis aperçu qu’en Lozère, trop de paysans finissaient à l’hôpital psychiatrique, j’ai voulu les suivre ; cela s’incorporait à mon étude sociologique, ethnographique aussi, car je ne vois pas pourquoi on réserverait le terme ethnographie aux populations lointaines. On aurait pu appeler cela Les Aliénés de la terre, puisqu’il est évident que certaines conditions sociales sont une aliénation pour l’homme : l’isolement, les terres désertes, la pauvreté, la solitude dans ce pays-là, où ne demeurent que des célibataires, des vieilles filles, des vieillards, où seuls restent "les mauvais éléments", en bonne proportion des débiles, qui sont incapables de bien travailler les terres, tandis que les plus intelligents pratiquent la théorie de l’abandon. La Lozère est peuplée, elle n’est pas habitée ; dans des villages où l’on comptait trente feux en 1914, il ne reste aujourd’hui qu’une famille. Voilà le milieu qui explique l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban. » 




Les Inconnus de la terre
France, 1961, 41 minutes, noir et blanc

Réalisation
: Mario Ruspoli
Assistant réalisateur : Michel Brault
Scénario et commentaire : Michel Zénaffa
Photo : Quinto Albicocco, Michel Brault, Roger Morillière
Montage : Lucienne Barthelemy, Jean Ravel, Mario Ruspoli

Production
: Anatole Dauman, Argos Films

Interprètes
: Gilles Quéant (Récitant), dans leur propre rôle : Monsieur Beaufils (un petit propriétaire), la famille Cheyla, Constantin (le vieux berger), Monsieur Gazo (l’instituteur agricole), Monsieur Vors (un défricheur), Madame Vors (sa femme)

Sortie en France : 26 septembre 1962

Distributeur : Tamasa Distribution pour Argos Films

Les films de Mario Ruspoli ont été tournés en inversible 16mm. Les films ont été restaurés par la Cineteca di Bologna en collaboration avec Argos Films à partir des meilleurs éléments aujourd’hui disponibles. La restauration de l’image a été réalisée numériquement en 2K à partir de l’agrandissement 35mm d’origine. La restauration du son a été réalisée à partir du négatif optique original. Les travaux ont été menés par le laboratoire L’Immagine Ritrovata en 2012.

Séance

Projeté avant  Mario Ruspoli, prince des baleines et autres raretés  au Pathé Bellecour me 19h



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