Les Misérables

Raymond Bernard

France, 1933



Jean Valjean, un ancien bagnard qui échappe aux gendarmes grâce à la bonté d'un évêque, décide de devenir honnête et de faire le bonheur de la petite Cosette, qu’il adopte. Il arrache ainsi la fillette au terrible couple d’aubergistes chez qui elle vivait, les Thénardier. Mais Valjean doit fuir devant le policier Javert qui le traque sans relâche...


Les Misérables est l’adaptation somptueuse et relativement méconnue du roman de Victor Hugo. Le pari n’était pas gagné d’avance, surtout à l’époque : « Comment condenser deux mille pages en respectant le génie de Victor Hugo, s’interrogeait a posteriori (en 1952, dans L’Écran français) André Lang, scénariste du film, la portée sociale de son oeuvre, les multiples parenthèses chères à l’écrivain, enfin, l’histoire elle-même, profondément humaine ? On n’ose pas prendre de liberté avec Victor Hugo en France. Nous avons réalisé un travail fidèle, nous avons essayé de conserver les grands sentiments et d’illustrer l’oeuvre de Victor Hugo. Nous avons bien fait, je crois. » L’entreprise est facilitée par la production Pathé-Natan (et le Pathé d’aujourd’hui a pris grand soin à restaurer ce film que le festival Lumière avait annoncé plus tôt et qui est montré enfin), qui déploie d’importants moyens et accepte le principe d’un film composé de trois longs métrages, chacun adoptant un point de vue différent. Cette construction narrative, ainsi qu’un montage alterné audacieux, préserve la richesse du récit sans lui ôter de sa fluidité, et permet aux épisodes historiques et aux drames individuels de se faire écho en se valorisant mutuellement. La mise en scène de Raymond Bernard, les décors de Jean Perrier, la musique d’Arthur Honegger : Victor Hugo est bien servi. En 1934, dans Pour vous, alors le magazine de cinéma le plus populaire, le romancier Henri Duvernois salue aussi la qualité de l’interprétation : « Harry Baur est magnifique. Rien de plus probe, de plus compréhensif, de plus largement humain que son interprétation de Jean Valjean, force mise, tout à coup, au service de la douceur. Dans aucun autre pays, aucun interprète n’a donné jusqu’à présent une transposition supérieure à celle-ci. C’est du Grand Art. Du Grand Art aussi, le Javert, gravé en noir comme un beau Daumier par Vanel. »

 

 

Le Paris de Victor Hugo

Les décors de Jean Perrier – qui vient alors de
signer ceux des Croix de bois – sont somptueux.
« Pour les scènes de Paris, témoignera plus tard
Raymond Bernard, nous fîmes construire trois
hectares de vieux Paris entre Antibes et Biot.
Deux jours entiers, notre regretté Jean Perrier et
moi, nous nous sommes promenés dans la rue
des Archives, la rue Saint-Merri et le faubourg
Saint-Antoine. Quel merveilleux voyage
dans le temps ! »

 

Harry Baur

Il était Marseillais, a débuté au théâtre, puis a tourné quelques films muets. L’arrivée du parlant et
son rôle dans David Golder de Duvivier (1930) lui valent un triomphe quelque peu tardif : il a une
cinquantaine d’années et un physique de colosse : « Habile à ménager dans le dialogue des plages de
silence, usant avec précaution du sirop épais de sa voix, Harry Baur se carre sur les écrans en 1930 »
écrivent Olivier Barrot et Raymond Chirat, dans Inoubliables ! (Calmann-Lévy, 1986). L’Occupation fut
une période terrible pour lui, les derniers mois de sa vie furent douloureux (arrestation, torture, etc.)
et il est mort en avril 1943 dans des conditions dramatiques.

 

Combien de Misérables ?

On compte, depuis 1905, plus de vingt adaptations du roman au cinéma,
dont huit françaises. Quelques Jean Valjean célèbres : Jean Gabin (Jean-Paul Le Chanois, 1958),
Lino Ventura (Robert Hossein, 1982), Jean-Paul Belmondo (Claude Lelouch, 1995),
Liam Neeson (Bille August, 1998), Gérard Depardieu (Josée Dayan, 2000).

 

Charles Vanel en Javert implacable

Acteur à la longévité extraordinaire (il commença en 1911, tourna plus de quarante films muets, et
accompagna des décennies plus tard les premiers pas de la jeune Charlotte Gainsbourg sur la scène
de Cannes), connu pour ses rôles dans La Belle Équipe de Duvivier, Le Salaire de la peur de Clouzot,
ou, à la fin de sa vie, dans Cadavre exquis de Francesco Rosi, Charles Vanel a traversé toute l'histoire
du cinéma français – il tourna son dernier film, Les Saisons du plaisir, de Jean-Pierre Mocky, en 1988.
Mort à Cannes en 1989 (il était né en 1892), sa famille était originaire de Jujurieux, dans l’Ain.

 

6 février 1934

Suite de la crise de 29, décombres de l’affaire Stavisky, manifestations d’extrême droite
(Action Française, Croix de feu, etc.), crise de la République, répression, morts : la France est en grand
danger, ce mardi 6 février 1934. Ironie de l’histoire : les spectateurs français peuvent voir la grande oeuvre
humaniste d’Hugo trois jours plus tard, le 9 février (les films sortaient alors le vendredi).

 

Un film de longueur variable

Le film se présente en trois volets de plus d’une heure et demie chacun :
Tempête sous un crâne, Les Thénardier, puis Liberté, Liberté chérie. La version finale,
remontée par le réalisateur lui-même dans les années 1970, fait une durée totale de 4h40.
Il existait d’autres versions écourtées, contre l’avis du réalisateur et du scénariste
(notamment celle de 1944, en deux épisodes, pour la télévision). Avec cette nouvelle restauration,
Pathé et la Fondation Jérôme Seydoux redonnent au film son identité définitive.



Les Misérables
France, 1933, 4 h 46, noir et blanc, format 1:37


Réalisation : Raymond Bernard
Scénario : André Lang, Raymond Bernard d’après Les Misérables de Victor Hugo
Assistant à la réalisation : Lucien Grunberg
Photo : Jules Kruger
Musique : Arthur Honegger
Montage : Charlotte Guilbert
Décors : Jean Perrier, Lucien Carré
Costumes : Paul Colin


Production : Pathé-Natan


Interprètes : Harry Baur (Jean Valjean, Champmathieu, M. Madeleine, M. Fauchelevent), Charles Vanel (Javert), Florelle (Fantine), Josseline Gaël (Cosette), Jean Servais (Marius Pontmercy), Charles Dullin (Thénardier), Marguerite Moreno (la Thénardier), Orane Demazis (Éponine), Émile Genevois (Gavroche), Gaby Triquet (Cosette enfant), Max Dearly (Gillenormand), Henry Krauss (Monseigneur Myriel), Robert Vidalin (Enjolras), Paul Azaïs (Grantaire), Lucien Nat (Montparnasse), Georges Mauloy (le président du tribunal)


Sortie en France : 9 février 1934

 


Distributeur : Pathé

La restauration image 4K ainsi que la restauration sonore ont été effectuées par l’Immagine Ritrovata (Bologne).



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