La Nuit américaine

François Truffaut

France, Italie, 1973



À Nice, aux studios de la Victorine, un cinéaste, Ferrand, entame la réalisation de son nouveau film, Je vous présente Paméla. Autour des actrices, l’une vieillissante et alcoolique, l’autre belle et fragile (Jacqueline Bisset), de l’équipe technique et du jeune premier, le cinéma et la vie s’entremêlent… 

 

C’est en découvrant les restes du décor de La Folle de Chaillot, qu’aurait dû tourner John Huston aux studios de la Victorine à Nice, que Truffaut eut l’idée d’un film sur la vie d’un tournage. La Nuit américaineDay for Night » en anglais) est un procédé qui consiste à tourner des scènes de nuit le jour, notamment grâce à des filtres – et qui s’utilisait beaucoup dans les westerns des années 40 et 50. Beau titre, sous lequel se glisse la métaphore du mensonge mis en oeuvre par le cinéma. Interprétant son propre rôle, Truffaut disserte avec légèreté dans cette introspection tragi-comique sur la vie, l’amour, les films, et expose les liens affectifs qui le lient à Jean-Pierre Léaud, à travers le personnage de ce dernier. Les seconds rôles sont tous réjouissants (Jean-François Stévenin, Nathalie Baye, Valentina Cortese, Dani, Bernard Menez, Alexandra Stewart) et, en provenance d’Hollywood (elle sortait juste du tournage de Juge et hors-la-loi de John Huston), l’héroïne féminine est Jacqueline Bisset. À son sujet, Antoine de Baecque et Serge Toubiana disent (dans François Truffaut, Gallimard, 1996) que le cinéaste n’a pas hésité. Mais il la prévient que le film ne dispose pas d’un énorme budget et qu’il s’agit d’une oeuvre chorale dans laquelle son rôle ne sera pas le premier. Nullement refroidie par ces précautions – Truffaut étant l’un des cinéastes qu’elle admire le plus au monde avec Ingmar Bergman –, elle accepte le film, qu’elle illumine de sa beauté. Truffaut : « L’aspect collectif, unanimiste, du film exprime la nostalgie du cinéma de Prévert. Mon idée n’était pas de dire toute la vérité, mais de ne dire que des choses vraies. De dire cette formidable mobilisation que constitue un tournage. » Et de s’interroger sur la question qui taraude le cinéphile qu’il était (et restera jusqu’au bout) : « Le cinéma serait-il plus important que la vie ? » Réponse de Truffaut/Ferrand : « Les films avancent comme des trains dans la nuit… » Nous sommes en 1973, cinq ans après mai 68. Truffaut continuait à faire du cinéma « traditionnel » quand son ex-collègue des « Jeunes Turcs » Godard prônait la radicalité politique, esthétique et économique d’un nouveau cinéma issu des luttes anti-américaines. Ce dernier s’étonna aussi que Ferrand soit le seul personnage exempté de liaison sentimentale (alors que Truffaut n’en était pas économe). Il lui demanda enfin de financer son prochain projet pour « que les spectateurs ne croient pas que l’on ne fait des films que comme toi. » Truffaut lui répondit violemment et continua son chemin. Présenté à Cannes, La Nuit américaine rencontra un immense succès et, après de nombreux prix internationaux, reçut l’Oscar du meilleur film étranger en 1974. 

 

Déclaration

Intéressante déclaration de Truffaut, citée par Toubiana/de Baecque et rarement reprise,

alors qu’elle servirait encore pour décrire les faux débats (esthétique, il y a longtemps que la

politique n’est plus de mise) de la cinéphilie française : « Puisque nous aurons toujours un gauchiste

sur notre gauche et un Verneuil sur notre droite, j’accepte tous les jugements qui me situent

au milieu du gué. Robert Wise est le Verneuil de Verneuil, Verneuil est mon Verneuil, comme je suis

le Verneuil de Godard, qui est le Verneuil d’Eustache, qui est le Verneuil de Garrel, qui deviendra

bien à son tour le Verneuil de quelqu’un – je le lui souhaite, car cela voudra dire que ses films

superbes sont enfin diffusés normalement. » Qui dit mieux ?


Derrière la caméra

Derrière la caméra, la troupe du Carosse

(nom de la société de production de Truffaut, inspiré du Carosse d’or de Renoir,

montré par ailleurs au festival Lumière) : Marcel Berbert, Jean-Louis Richard, Suzanne Schiffman et,

en directeur de production, le très regretté Claude Miller (qui fut longtemps assistant de Truffaut).


Les infos qu’on aime bien (venues d’IMDb)

Le film est dédicacé aux soeurs Lilian et Dorothy Gish.

Billy Wilder demanda à Truffaut si Nathalie Baye était une vraie script.

L’actrice, piquée au vif, se cabra, puis, des années plus tard, considéra

que c’était le plus beau compliment qu’on pouvait faire à son travail.

La musique du film dans le film est celle que Georges Delerue a écrite pour

Les Deux Anglaises et le continent que Truffaut avait tourné dix-huit mois auparavant.




 La Nuit américaine (Day for Night)
France, Italie, 1973, 1 h 55, couleur, format 1.66

Réalisation : François Truffaut
Scénario : Jean-Louis Richard, Suzanne Schiffman, François Truffaut
Photo : Pierre-William Glenn
Musique : Georges Delerue
Montage : Martine Barraqué, Yann Dedet
Décors : Damien Lanfranchi
Costumes : Monique Dury

 

Production : Marcel Berbert, Les Films du Carrosse, PECF, Produzione Intercontinentale Cinematografica (PIC)

Interprètes
: Jacqueline Bisset (Julie), Valentina Cortese (Séverine), Dani (Liliane), Alexandra Stewart (Stacey), Jean-Pierre Aumont (Alexandre), Jean Champion (Bertrand), Jean-Pierre Léaud (Alphonse), François Truffaut (Ferrand), Nike Arrighi (Odile), Nathalie Baye (Joëlle), Jean-François Stévenin (Jean-François)

 

Sortie en France : 24 mai 1973

Distributeur : Swashbuckler Films




Séances :


Achat Comoedia me 16h30   

Achat Villeurbanne sa 14h30 (séance accessible aux malvoyants)




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