Regard sur la folie

Mario Ruspoli

France, 1961



L’aliénation mentale filmée en Lozère, à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban : constat sur les malades eux-mêmes et sur la patiente rééducation de leur cerveau par les psychiatres. 


« C’est un film sur l’impossibilité de montrer la folie, explique Mario Ruspoli dans un entretien accordé au Monde en 1962. Cependant, il est possible de faire passer derrière le miroir, d’utiliser comme tremplin, comme moyen de communication, l’angoisse, qui est le dénominateur commun entre le malade, le médecin et le public. Seul, ce dénominateur commun d’angoisse nous fait pénétrer à l’intérieur du monde de la folie. » Claude Mauriac confirme ces propos : « Parmi les malades non délirants dont la pensée demeure cohérente, les raseurs restent les raseurs. D’où des longueurs. Les autres, les enterrés vifs, font à l’arrière-plan les mêmes gestes toujours recommencés et, toute fraternité oubliée, nous avons peur, parce que nous nous sentons en danger. » Le documentariste explique ses méthodes : « Nous avons mis peu à peu notre technique au point et nous avons utilisé une équipe de trois extrêmement mobile qui permet de filmer en courant, le cas échéant : un cameraman, un homme pour la mise au point, un preneur de son. Pour les interviews dans les fermes, j’ai pensé que si on prenait un interviewer de l’extérieur, les paysans ne diraient rien ; je suis donc arrivé avec des gens du milieu : un docteur, un curé, un instituteur agricole itinérant. L’important, c’est que les gens s’habituent à vous, qu’ils vous connaissent, qu’ils aient de l’estime, de l’amitié pour vous. Il faut les mettre en confiance, il faut qu’ils sachent que vous n’allez pas les trahir, les ridiculiser, les fausser pour leur faire servir une thèse dans le style Mondo Cane. Il faut que les réalisateurs aient une fantastique conscience professionnelle. » La caméra de Mario Ruspoli, dont le regard et l’ouïe sont ceux de l’amitié et du respect, est invisible pour le spectateur. Le documentariste invite chacun à interroger la frontière, si fragile, entre folie, souffrance, et ce que nous osons encore aujourd’hui appeler « normalité » : « Le film de Mario Ruspoli, a écrit Jean-Paul Sartre, n’est pas un documentaire : il nous invite, par d’admirables images, à faire pour la première fois l’expérience de la maladie mentale ; par tout ce qu’elle a de si proche et de si lointain, elle nous fait comprendre à la fois que tous les hommes ne sont pas fous, mais que tous les fous sont des hommes. » 



Regards sur la folie
France, 1962, 35 minutes, noir et blanc
Réalisation : Mario Ruspoli
Assistante réalisatrice : Dolorès Grassian
Commentaire : Antonin Artaud
Photo : Quinto Albicocco, Michel Brault, Roger Morillière
Montage : Henri Lanoë

Production
: Anatole Dauman, Argos Films

Récitant
: Michel Bouquet.

Sortie en France : 26 septembre 1962

Distributeur : Tamasa Distribution pour Argos Films

Les films de Mario Ruspoli ont été tournés en inversible 16mm. Les films ont été restaurés par la Cineteca di Bologna en collaboration avec Argos Films à partir des meilleurs éléments aujourd’hui disponibles. La restauration de l’image a été réalisée numériquement en 2K à partir de l’agrandissement 35mm d’origine. La restauration du son a été réalisée à partir du négatif optique original. Les travaux ont été menés par le laboratoire L’Immagine Ritrovata en 2012.



Séance

Projeté avant Mario Ruspoli, prince des baleines et autres raretés  au Pathé Bellecour me 19h




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