Sur un air de Charleston

Jean Renoir

France, 1927



Dans un futur indéterminé qui a vu la déroute de la civilisation sous l’effet d’une catastrophe glaciaire, un explorateur noir (Johnny Hudgins), voyageant en ballon, tombe du ciel et rencontre une « sauvagesse blanche » (Catherine Hessling) férue de charleston. Sa danse le séduit et ils s’embarquent tous deux vers une destination inconnue…

« Renoir écrira avoir tourné Sur un air de Charleston, à l’automne 1926, “en guise d’adieu au cinéma”, écrit Pascal Mérigeau dans son Jean Renoir (Flammarion, 2012), un adieu à une certaine forme de cinéma, peut-être, entre copains, en toute liberté, sans se soucier de rien d’autre que du plaisir de l’instant. Un adieu silencieux, pas seulement parce que le cinéma alors n’est pas encore sonore, mais parce que la musique prévue ne fut jamais enregistrée. Un adieu écourté, enfin, le film ne devant jamais être terminé. » « Ce film, explique Renoir dans Ma vie et mes films (Flammarion, 1974), ne fut jamais complètement terminé. Je le regrette. Les quelques mètres qui en demeurent me semblent intéressants et Catherine Hessling y est étourdissante. Curieusement, ce film ou plutôt ce morceau de film, délibérément d’avant-garde, né de mon enthousiasme pour le jazz, fut bien accueilli par la presse. » « Inachevé pourquoi, se demande Pascal Mérigeau ? Parce que Johnny Hudgins, sa première raison d’être, s’éclipsa au bout de trois jours, pour ne plus revenir, comme cela a pu être dit ? Il ne subsiste aucune preuve de cette possible défection et le film tel que visible aujourd’hui semble avoir sa durée. Si l’on en croit certains échos parus dans la presse d’alors, le tournage aurait été interrompu par une maladie de Catherine Hessling, mais aurait repris quelques jours après. Plus certainement, l’inachèvement de Sur un air de Charleston tient à ce que la musique composée par Clément Doucet, le pianiste du Boeuf sur le toit, ne fut jamais enregistrée. Cette absence de musique rend l’appréciation difficile. » En dépit de ce qu’en dit Renoir (Mérigeau rappelle que l’auteur de La Règle du jeu et du Carrosse d’or – dont le festival Lumière montrera en avant-première les copies restaurées qui ressortent en salle à l’automne – avait la mémoire qui souvent flanchait) et « en raison de son esprit purement burlesque, relativise François Truffaut, Sur un air de Charleston n’eut aucun succès. Mais ce qu’il reste de ces douze cents mètres est fort réjouissant de spontanéité et de loufoquerie échevelée. L’utilisation érotique de Catherine Hessling, amorcée avec les premières scènes de Nana, est intensifiée, systématisée et l’on comprend que cette débauche de cuisses et d’entrecuisses d’une danseuse en slip et corset entrebâillé ait scandalisé. » « Portés par la vague “nègre” qui déferlait alors, poursuit Mérigeau, Lestringuez et Renoir se sont amusés à retourner les clichés, faisant du Noir un explorateur en tenue de soirée et gants blancs, et de la femme blanche une “sauvage” vivant dans une colonne Morris, vestige de civilisation dans le Paris de 2028, “après la prochaine guerre”, bâtiments en ruine et tour Eiffel cassée. Quelques trucages à la Méliès et effets de ralentis, la femme rendue à l’état de nature, dansant avec un singe (André Cerf aurait revêtu la défroque), Catherine Hessling retrouvant l’échelle de corde de Nana et faisant preuve d’un dynamisme estimable, qui lui permet de tenir son rang face à un Johnny Hudgins que le générique présente comme “Johnny Huggins”. Dans les trémoussements qu’elle exécute devant lui, il reconnaît le charleston, “la danse de nos ancêtres”, et en redemande : “Montrez-moi cette danse admirable. Après vous pourrez me tuer et me manger.” Ce à quoi la sauvageonne blanche répond : “Vous manger ? Je ne digère pas la viande noire !” Conclusion : “C’est ainsi que partit pour l’Afrique une mode nouvelle : la culture des blancs aborigènes.” » 

 

Influence de Jacques Becker

C’est Jacques Becker qui présenta à Jean Renoir Johnny Hudgins,

un danseur de claquettes, qui apparaît sur scène en blackface, virtuose de la pantomime.

Venu de New York avec la célèbre Revue nègre, à l’origine de l’arrivée de la musique

de jazz en Europe, il avait décidé de rester en France. Dans les années 1920,

le charleston fut un excellent moteur d’introduction de cette musique

sur le Vieux Continent.

 

Jean Renoir sur Catherine Hessling

Comme le raconte le film de Gilles Bourdos, Renoir

(avant-première à Lyon et sortie début 2013), Catherine Hessling

fut le dernier modèle de Pierre-Auguste Renoir. Jean Renoir l’épousa

après la mort de son père. Ils étaient tous deux passionnés par le cinéma.

Jean Renoir raconte : « J’insiste sur le fait que je n’ai mis les pieds dans le cinéma

que dans l’espoir de faire de ma femme une vedette. Je comptais bien,

une fois ce but atteint, retourner à mon atelier de céramique. Si on m’avait dit alors

que je consacrerais tout mon argent et toute mon énergie à faire des films,

on m’aurait bien épaté. »




 Sur un air de Charleston
France, 1927, 17 min, noir et blanc, muet, format 1.33

Réalisation
: Jean Renoir
Scénario : Pierre Lestringuez d’après une idée d’André Cerf
Photo : Jean Bachelet
Musique originale : Clément Doucet

 

Production : Pierre Braunberger

Interprètes
: Catherine Hessling (la « sauvagesse blanche » parisienne), Johnny Hudgins (l’explorateur noir), Pierre Braunberger, André Cerf, Pierre Lestringuez et Jean Renoir (les anges)

Sortie en France : 19 mars 1927

Provenance de la copie : Cinémathèque française

Ayant-droit : Tamasa Distribution

Film restauré par La Cinémathèque française à partir des éléments négatifs issus de ses collections.


Séance

Projeté après Renoir de Gilles Bourdos (2012, 1h51), avant-première, à l'Institut Lumière je 19h45




  • Partenaires médias :
  • France Télévision 2012
  • France Inter 2012
  • Variety 2012
  • Le Monde 2012
  • Studio Live 2012
  • Petit Bulletin 2012
  • Evene 2012
  • Télérama 2012