Voyage en Italie

Roberto Rossellini

Italie, France

1954



Embarqué dans une luxueuse automobile, un couple d’Anglais (Ingrid Bergman et George Sanders) découvre l’Italie au cours d’un voyage dont le but est la vente d’une propriété située dans la baie de Naples, léguée par un oncle. Dans ces lieux et ces paysages, ils vont prendre conscience de l’échec de leur vie commune, où depuis le premier jour s’est installée l’indifférence… 

 

The Rossellini Project, suite. Après La Machine à tuer les méchants, présenté au festival Lumière en 2011, voici, dans le cadre de la restauration de l’oeuvre de Roberto Rossellini, Voyage en Italie, dont le cinéaste déclarait souvent que c’était peut-être celui de ses films auxquels il était le plus attaché : « C’était très important pour moi de montrer l’Italie, déclare-t-il à Truffaut et Rohmer dans un entretien publié dans les Cahiers du cinéma en juillet 1954. Montrer Naples, cette atmosphère étrange à laquelle se trouve mêlé un sentiment très réel, très immédiat, très profond, le sentiment de la vie éternelle. C’est quelque chose qui a complètement disparu du monde. » De son côté, George Sanders déclara à la presse qu’il n’avait jamais travaillé dans une ambiance aussi familiale alors que plus tard, il assura, dans ses Mémoires d'une fripouille, que les méthodes « artisanales » de Rossellini le déprimaient complètement, souhaitant en secret « que le film ne soit jamais projeté sur un écran. » Beaucoup de scènes d’extérieur ont été tournées dans le port et les ruelles de la ville, la caméra dissimulée dans un camion, faisant participer les Napolitains à leur insu. On retrouve donc le naturel et la turbulence des Italiens, dont Rossellini disait qu’ils étaient « les meilleurs comédiens du monde ». Le film sort en France dans une version doublée (la vraie version est d’ailleurs celle en langue anglaise). À l’époque, il n’y eut guère que les Cahiers du cinéma pour le soutenir – les Cahiers soutenaient toujours Rossellini. Jacques Rivette y écrit qu’il lui « semble impossible de voir Voyage en Italie sans éprouver de plein fouet l’évidence que ce film ouvre une brèche, et que le cinéma tout entier doit y passer sous peine de mort » (sic). Jean-Luc Godard est également admiratif : « Dans l’histoire du cinéma, il y a cinq ou six films dont on n’aime à faire la critique que par ces seuls mots : “C’est le plus beau des films !” Pourquoi parler, en effet, plus longuement de Tabou, Voyage en Italie ou du Carrosse d’or ? Comme l’étoile de mer qui s’ouvre et se ferme, ils savent offrir et cacher le secret d’un monde dont ils sont à la fois l’unique dépositaire et le fascinant reflet. » Ailleurs, Claude Mauriac a d’ailleurs comparé le film aux Essais de Montaigne (re-sic). C’est dire que les thuriféraires montèrent au font. Le film reçut aussi une volée de bois vert de ses détracteurs. Laissons le dernier mot au très indépendant et imprévisible Jacques Lourcelles, admirateur rossellinien parmi les plus enthousiastes : « L’intimisme du néoréalisme culmine dans Voyage en Italie, film cardinal à tous égards, puisque non seulement il parle du Nord et du Sud en tant que pôles de civilisation, mais il unit le bricolage génial et plein d’espoir du novateur artisanal à l’élégance désabusée et parfaite de l’esthète qui n’espère plus rien changer dans le monde. » A part ça, voir ce film enfin dans une belle copie (car matériellement, l’oeuvre de Rossellini est un grand désastre), restaurée par la Cinémathèque de Bologne, lui restitue, intactes, sa mélancolique et définitive beauté. 

 

Titre

Le titre original en italien était Viaggio in Italia,

mais sa traduction française fut d’abord La Divorcée de Naples, titre sous lequel

le film a été exploité dans quelques salles. Rossellini protesta, car il y voyait une allusion trop marquée

à sa vie privée. Le distributeur français s’est donc aligné sur son collègue allemand en titrant :

L’amour est plus fort que tout. Ce qui déplut aussi à Rossellini (avec raison !) qui opta finalement

pour Voyage en Italie, d’après une adaptation du titre de la version anglaise Journey to Italy.

 

Une voiture bien propre

Ingrid Bergman arrivait tous les matins sur le

tournage au volant de la Ferrari rouge de son mari.

La voiture était la plus propre de la ville, car pendant

qu’elle tournait, les enfants des rues de Naples

la lavaient et la faisaient briller, peau de chamois,

éponge et seau d’eau à la main.

 

La légende et la vie

En 1948, Ingrid Bergman, alors mariée

et mère d’une enfant, écrit, depuis Hollywood,

une lettre à Rossellini « Cher Monsieur Rossellini, j’ai vu vos

films Rome, ville ouverte et Païsa, et je les ai beaucoup aimés.

Si vous avez besoin d’une actrice suédoise, qui parle très

bien anglais, qui n’a pas oublié son allemand, qui n’est pas

très compréhensible en français et qui en italien ne sais dire

que “ti amo”, je suis prête à venir faire un film avec vous ».

Rossellini également marié, tomba immédiatement amoureux

et lui proposa Stromboli, première de leurs cinq collaborations.

Voyage en Italie qui, disait Rossellini, « traite de la difficulté

de vivre ensemble longtemps et amoureux », n’est pas sans

résonance avec leur propre histoire. Ce film sera leur dernier.

Mariés en 1950, il divorceront en 1957.




Voyage en Italie (Viaggio in Italia)
Italie, France, 1954, 1 h 37, noir et blanc, format 1.37
 


Réalisation
: Roberto Rossellini
Scénario : Roberto Rossellini, Vitaliano Brancati
Photo : Enzo Serafin
Musique : Renzo Rossellini
Montage : Iolanda Benvenuti
Costumes : Fernanda Gattinoni


Production
: Adolfo Fossataro, Alfredo Guarini, Roberto Rossellini

Interprètes
: Ingrid Bergman (Katherine Joyce), George Sanders (Alexander Joyce), Maria Mauban (Marie), Anna Proclemer (la prostituée), Jackie Frost (Betty), Paul Muller (Paul Dupont), Leslie Daniels (Tony Burton)

Sortie en Italie : 7 septembre 1954
Sortie en France : 24 décembre 1954

 

Provenance de la copie : Fondazione Cineteca di Bologna

Copie restaurée par la Cineteca di Bologna avec L’Immagine Ritrovata en collaboration avec Istituto Luce Cinecittà, CSC-Cineteca Nazionale et Coproduction Office.




Séances :


Achat Pathé Bellecour ma 17h

Achat Sainte-Foy-lès-Lyon me 20h

Achat Pathé Cordeliers sa 14h40  

Achat Comoedia di 11h



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